Un truc de femmes seulement ? (PARTIE 2 / 2)

Capture-d’écran-2016-01-01-à-22.39.05Je n’avais pas vu mon conjoint durant presque 2 mois pour des raisons professionnelles. Lors de nos retrouvailles, alors qu’il me signifiait son désir charnel, j’ai dû lui annoncer que ce serait le préservatif ou un bébé. Adieu la pilule, le stérilet, les implants… et les migraines! Il savait que je voulais des enfants mais jusque-là, il me disait qu’il ne se sentait pas prêt.

« Ce sera sans préservatif. Je serai heureux si ça arrive. » Bref, je suis tombée enceinte. Dix semaines plus tard, mon compagnon a changé d’avis. Le traumatisme ! Alors que je ne fumais plus et que je fuyais l’alcool, j’ai allumé une cigarette et j’ai bu une bière, en regardant les échographies (qu’il n’a jamais voulu voir) de ce bébé qui se portait si bien. « Foutu pour foutu…. » À ce moment-là je suis entrée en état de choc, incapable de réagir, comme une victime d’abus sexuels. J’allais rester dans cet état durant plus d’un an. Mode de survie automatique enclenché.

J’ai dû prendre moi-même rendez-vous à l’hôpital, en pleurs.

C’est complètement seule que je suis allée au premier rendez-vous, en larmes. J’ai expliqué que je voulais le garder, moi, ce bébé. « Ok. Venez avec votre compagnon pour le deuxième rendez-vous. »

photo_2014-82-19-33-38Une semaine plus tard, les yeux encore rouges (ça faisait déjà deux semaines que je pleurais) et accompagnée de Monsieur, je me suis présentée au deuxième rendez-vous. Échographie. J’ai demandé à voir et entendre une dernière fois mon bébé que je voulais tant garder. Refus de l’échographiste. J’ai demandé qu’il le montre au moins à mon conjoint afin qu’il se rende compte de ce qu’il me demandait, pour qu’il ressente ma douleur. Ils ont refusé en cœur. Monsieur a tellement bien expliqué pourquoi, d’après lui, on ne pouvait pas garder ce bébé, que lorsque j’ai répété pour la millième fois, en sanglots, que je voulais cet enfant, c’est passé inaperçu. Je croyais (à tort) que ces rendez-vous devaient aussi nous permettre de trouver des solutions si on ne voulait pas avorter. J’étais tellement mal que je n’arrivais pas à écrire le bon montant sur le chèque (oui, parce qu’évidemment c’est moi qui tombe enceinte, donc c’est moi qui paye). Au quatrième chèque raté, mon compagnon m’a alors engueulée, arraché le chéquier des mains, inscrit le montant dessus, jeté le chéquier devant moi comme on jette sa gamelle à un chien qu’on déteste et dit « signe maintenant ! » J’ai voulu récupérer les échographies avec lesquelles on m’avait demandé de venir. « Non. Ça, on garde dans le dossier. »

enceinte-10-semaines-3
La taille moyenne d’un fœtus de 10 semaines.

Une autre semaine plus tard, nous sommes arrivés en avance pour le bloc. J’ai éclaté en gros sanglots en voyant une femme arriver avec un ventre énorme et des contractions. Car oui, le centre d’avortement était dans la maternité. Sadique, n’est-ce pas ? Savez-vous ce que mon compagnon m’a dit ? « Allez, ce n’est rien, pas de quoi pleurer…. » Tout ce qui tenait encore à l’intérieur de moi s’est alors effondré avec le reste.

Dans la chambre, en attendant qu’on vienne me chercher pour le bloc, il a refusé de me parler et a joué au Tetris sur son téléphone.

Arrivée au bloc, l’anesthésiste m’explique qu’il craint un reflux pendant l’anesthésie générale et qu’il préfère une locale. Je fais vigoureusement « non » de la tête. Il me demande pourquoi. J’ai ouvert la bouche pour tenter de lui expliquer. À la place des mots il n’y avait que des pleurs. Une femme est alors arrivée, demandant ce qui se passait. L’anesthésiste lui explique, disant qu’il ne comprend pas. Incapable de voir quoi que ce soit à cause des larmes, j’ai entendu la femme dire « oh ! Mais je la reconnais cette petite dame ! C’est moi qui l’ai reçue en consultation ! Je crois qu’elle veut une anesthésie générale parce qu’elle ne veut pas vivre ça. Elle veut garder son bébé. » Enfin une lueur d’espoir ! J’ai hoché la tête pour faire de grands « OUI ». Alors que je serrais la main qu’elle avait posée sur la mienne, une voix d’homme a demandé « on fait quoi alors ? On y va ? » L’anesthésiste a répondu qu’il comprenait et acceptait la générale. Et cette femme qui était mon dernier espoir a dit « oui, allez-y, je crois que c’est ce qu’il y a de mieux à faire. »

Entrée au bloc. Il fait froid. Je ne vois qu’une lumière d’une intensité rare. On m’installe les pieds sur des étriers. On me fait une piqûre en me disant « ce n’est rien. Ça va aller. Tout va bien se passer. » Je m’endors. En pleurs.

sad35alt2Salle de réveil. Chambre. Passage en revue des différents moyens de contraception. Ordonnance pour une échographie de contrôle. Retour à la maison.

J’ai repris le cours de ma vie, tant bien que mal. Surtout mal.
Mon travail était dégueulasse.
Mon appartement était dégueulasse.
J’étais dégueulasse.

Échographie de contrôle : « tout va bien ! Ils ont bien fait leur travail ! » Moi, dans tout ça, tout le monde s’en fout.

Deux semaines après le bloc, je vais aux toilettes et là, horreur ! Comme une bouchée de steak longuement mâchée se trouve dans ma culotte ! Je me dis que j’ai perdu mon utérus. Il est minuit. Mon compagnon est absent pour raisons professionnelles. J’essaye de l’appeler, en vain. Je file aux urgences gynécologiques de la maternité avec cette viande dans un Tupperware. Ouf ! Il n’y a personne en salle d’attente. Je sonne pour avertir de mon arrivée. Un panneau indique qu’il est inutile de sonner plusieurs fois. Alors j’attends. 45 minutes d’appels vains à mon compagnon plus tard, je sonne encore. Puis je sonne toutes les 20 minutes jusqu’à 5 heures du matin. Cinq heures avec moi-même, croyant que j’allais mourir.

À 5 heures, donc, une porte s’ouvre et on m’accueille froidement en me demandant les raisons de ma venue. J’explique. Je montre. Échographie sans un mot. Puis on m’explique que tout n’avait pas été retiré au bloc et qu’ils auraient dû le voir à l’échographie de contrôle. Mais mon utérus va bien. J’aurais pu faire une infection généralisée mortelle seule chez moi si je n’avais pas un super utérus qui rejette tout ce qui n’a rien à y faire. Elle jette ma boîte à la poubelle devant moi. Elle me renvoie chez moi. Seule au monde. Perdue.

anxiety-comics-funny-illustrations-gemma-correll-fb

C’est la première fois que je pose cette histoire sur papier (si l’on peut dire). C’était il y a 8 ans. Je ne m’en suis toujours pas remise.

Je n’ai pas fait l’interruption volontaire de ma grossesse (IVG) : j’ai subi un avortement.

 


éloiseEloïse. Je suis une jeune femme comme les autres, sensible et impliquée, avec un sens de la justice exacerbé. Pour le moment en mission parentale (je déteste le terme de congé qui ne reflète absolument pas la réalité) et fraîchement séparée (ouf ! ce n’est pas trop tôt !), j’essaye juste de faire de mon mieux au quotidien. Si mon témoignage peut servir à éviter que d’autres souffrent, alors j’aurai gagné ma journée.

Pour participer au mouvement, clique ici

2 réflexions sur “Un truc de femmes seulement ? (PARTIE 2 / 2)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s