Faker l’orgasme, par Framboise

072402f5-422d-4d46-86c7-f0cd9d6ef76eJ’imagine que débuter mon histoire en suivant un certain ordre chronologique aidera à faire comprendre ce dont je veux parler. J’ai commencé à avoir des relations sexuelles vers l’âge de 14 ans, avec mon copain de l’époque qui découvrait ces doux plaisirs en même temps que moi. Que c’était simple et agréable! Étant autant sa première fois qu’il était la mienne, je ne ressentais aucune pression et il était facile de me laisser aller dans l’exploration de nos corps. Ainsi donc, jamais il ne m’était venu à l’esprit de feindre l’orgasme.

Ce n’est que peu de temps après, en ayant des relations sexuelles avec d’autres partenaires, que j’ai commencé à m’inquiéter davantage sur ma sexualité. On me disait qu’il était important pour l’homme que la femme ait un (ou encore plusieurs) orgasme lors de la pénétration, que c’était ce qui créait toute la complicité entre les partenaires. Ces derniers me faisaient savoir également à quel point il était facile pour eux de faire jouir leur ex durant leur coït.

« Je serai toujours là pour toi si tu veux avoir du sexe sans orgasme. »

Moi, qui me savais 100% clitoridienne comme on dit, c’est à ce moment précis que j’ai voulu me conformer à ce que j’entendais, à la pression que je subissais. J’ai donc fait semblant d’avoir des orgasmes durant la pénétration, parfois même jusqu’à en feindre plusieurs en quelques minutes. Par la suite, le célibat m’a amené à avoir des relations sexuelles avec plus de gens, pas vraiment disposés à apprendre à bien se connaitre. Je sais pertinemment que je ne suis pas la personne pour qui c’est le plus simple d’atteindre l’orgasme, donc je prévoyais d’avance de ne pas me rendre au septième ciel avec ce type de partenaire. Alors, c’est à ce moment que j’ai commencé à feindre les orgasmes clitoridiens également, ces orgasmes que je sais très bien qu’il m’est possible de vivre.

Mais voyons donc, pourquoi est-ce que je me donnais tout ce mal? Chaque fois que je faisais cela, une boule de rancœur se créait en dedans de moi. J’étais insatisfaite et je sentais une sorte d’injustice dans mes relations. Et le cercle vicieux commence : plus tu fais semblant, plus la personne croit que tu aimes cela. Donc ton partenaire apprend à connaitre… ce que tu n’aimes pas.

Et puis un jour, j’ai rencontré quelqu’un avec qui je me suis dit que ce serait bien de passer quelques années en sa compagnie, quelque chose de sérieux. C’était à peu près au même moment où j’ai commencé à me questionner sur l’égalité entre les femmes, les hommes et la place de la sexualité dans la vie des femmes. Je me suis mise à me demander pourquoi je m’infligeais ces mensonges, dont j’étais la seule victime. Je vivais tellement de pression pour faire plaisir à mon partenaire, pour répondre aux exigences que la pornographie nous enseigne, pour être une femme fatale, que je m’oubliais dans ma sexualité. En fait, pourquoi était-ce à moi de me sentir mal de ne pas jouir ? En aucun cas ce n’était ma faute, ça aurait plutôt été celle de mon partenaire de ne pas prendre le temps de m’écouter.

c69d0ab1-1b8b-4696-b8f0-c9d01ca960e1J’ai décidé d’arrêter tout ça, mais la partie la plus difficile, la plus humiliante, était ensuite d’en discuter avec la personne concernée. Je l’ai fait, après 3 mois de fréquentation et de relations sexuelles et ça s’est bien passé. Il y a eu de l’incompréhension, certes, mais de l’ouverture à ce que je ressentais.

J’ai été chanceuse (même si cela devrait aller de soi) qu’il comprenne les raisons pour lesquelles j’étais rendue là et qu’il accepte que l’on change nos habitudes pour qu’elles me conviennent davantage. Je crois qu’il a également appris là-dedans, que non seulement tout le monde vit sa sexualité différemment, mais aussi comment nous, les femmes, nous pouvons nous sentir lors des relations sexuelles.

Aujourd’hui, quoique je reste avec certains complexes, je vis bien moins de frustration, ma libido a augmenté et je me sens dans une relation plus égalitaire. J’ai l’impression que de rendre la sexualité moins taboue aiderait chacune à se sentir plus normale. Il faut s’éduquer, il faut parler des vraies choses et surtout il faut se soutenir entre femmes.


Framboise est une jeune intervenante qui aime écrire pour se vider la tête de temps en temps. Ses (seuls) sujets de conversations les plus passionnés sont la sexualité et le féminisme, au grand dam de son entourage. Au quotidien, elle essaie de redonner un peu de pouvoir à ceux qui en ont le moins, parce que  «les gens heureux n’attendent pas le samedi soir pour danser».

Une réflexion sur “Faker l’orgasme, par Framboise

  1. Votre article devrait (et le sera j’espère) être lu par le plus grand nombre, hommes comme femmes.
    Avoir une vie sexuelle riche et épanouie passe réellement par l’écoute de soi et de l’autre, même pour un « coup d’un soir ».
    Le sexe est une danse joyeuse et ne devrait pas être vue autrement 🙂
    Belle vie à vous.

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