« Et ils vécurent enfants et firent beaucoup d’heureux. », par Johana Caruso

La révolte des poules pondeuses

poule-rousse1-300x187Je me souviendrais toujours de cette question lors de mon entretien d’embauche, où ma future patronne me demandait, si à mes 29 ans et en couple, je désirais un enfant. Ma réponse a fusé sans aucune forme d’hésitation : « Non ». Elle resta déconcertée un moment.

« Mais normalement, à votre âge et en couple, la plupart des  femmes veulent des enfants ». La plupart peut être, mais pas moi. Cela fait deux ans que j’ai été embauché et un soir à la cantonade, elle me lance quand est-ce que je m’y mets. Ma position est la même : no marmot !

Pression

Elles sont beaucoup à suivre ce même chemin. Malheureusement ce choix des femmes de rester nulligeste (terme médicale qui désigne une femme qui n’a jamais été enceinte) reste encore majoritairement dur à accepter par la société. Surtout en France, Pays classé en Europe pour avoir le plus haut taux de natalité. Pourtant les chiffres de l’INSEE prouvent que celle-ci recule. On recense en 2015, 800 000 naissances, 19 000 de moins qu’en 2014. Les femmes font aussi des enfants plus tard, dans l’année de leurs 30 ans. Elles pensent à leur carrière, ce qui les place irrémédiablement dans la case des égoïstes. Comme si une femme devrait avoir moins d’ambition qu’un homme. Un veinard qui n’a pas à subir sur ses épaules la lourde responsabilité de repeupler la terre.

confuseduterusCôté famille, ça n’est pas triste. Je ne pense pas être orpheline de cet harcèlement d’absolument procréer. Nous ne sommes pas des utérus sur pattes j’aurais presque envie de leur rétorquer. Qui n’a pas été victimes des insupportables invectives de sa famille ? Dès que je les vois durant certaines grandes occasions je n’y loupe pas. « Alors ? C’est pour quand ? Tu vas le regretter si tu n’en fais pas…Tu manques peut être de maturité…Attention, l’horloge biologique tourne !». Un inquisitoire à un mariage m’as tellement oppressée qui m’a fait presque basculer de leur « côté ». Je me suis alors dit que je n’étais pas « normale » et la seule réponse que j’ai trouvé à leur dire c’est que je n’étais pas prête. J’avais presque honte de dire que NON je ne voulais pas d’enfants.

Même sérénade au travail. Je suis dans la vente de cosmétiques et cernée par mes collègues féminins qui bavent de mièvrerie au dessus d’une poussette dès qu’une maman passe la porte du magasin.

Ça vous choque si je vous dis que je préfère les chiens ?

Conspiration

cendrillonAh… le miracle de la vie… Voilà à quoi nous sommes cantonnées depuis notre enfance. Dès le début on nous formate avec les poupées qui nous attendent sous le sapin.

Rappelez-vous les contes de notre enfance « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». C’est ce dont rêvaient Blanche-Neige et Cendrillon. Seulement réveillez-vous mes biches. On n’est pas des princesses, on n’est pas dans un conte de fée et il y a des factures à payer. La femme moderne aux désirs d’indépendances l’a bien compris.

Mais cette femme « rebelle » est pourtant assaillie, par les médias, la publicité, l’image de la famille. Tout et tout le monde lui dit qu’elle doit avoir un enfant. Une société à mon avis désuète, au faux jeu patriarcal qui n’arrive toujours pas à accepter le fait qu’avoir un enfant est bien sur une chose merveilleuse mais pas une obligation.

ces-femmes-qui-ne-veulent-pas-d-enfantLes femmes encore plus « visibles » dans la société comme les actrices/chanteuses sont sans cesse montrées du doigt. Jennifer Aniston en est la triste icône. L’actrice a connu une belle idylle avec Brad Pitt. Ils formaient le couple idéal jusqu’à que celui-ci la délaisse pour Angelina Jolie. On ne connait évidement pas toutes les raisons de cette rupture mais celle qui n’a pas échappée aux médias,  c’est son absence d’envie d’avoir un enfant. Depuis, la presse se déchaine sur l’actrice qui dénonce un sexisme omniprésent. En 2014, elle confie à L’observateur son ressenti amer : « Je n’aime pas la pression que les gens mettent sur les femmes, comme quoi vous avez échoué en tant que femme parce que vous n’avez pas procréé. Je pense que ce n’est pas juste ».

L’actrice Cameron Diaz  affiche ouvertement quant à elle son choix d’être nullipare et se dit complètement épanouie. Elle ne cache pas cependant que, de nos jours encore, les femmes ont peur de dire qu’elles ne veulent pas d’enfant.

Libération

334407-ne-pas-vouloir-d-enfants-comporte-opengraph_1200-2Combien de clichés circulent sur notre compte ? A foison et ils ont la peau dure. Le palmarès revient à notre soi-disant instinct maternel inné. Et bien c’est faux. Arrêtez de complexer mesdames si comme moi vous n’avez pas un attrait spécial pour changer les couches ou si faire des gazouillis au dessus d’un berceau n’est pas un réflexe dès qu’un bébé est dans les parages. Un enfant, bien sur que c’est adorable et que leur rires qui résonnent à nos oreilles nous rendent tout d’un coup chamalow. Oui, même moi… Mais trouver un enfant mignon, ne veut pas dire en désirer un. Quand je fais du lèche-vitrine, ça ne veut pas dire que je vais l’acheter sinon ça ferait longtemps que je serais ruinée. Moi et beaucoup d’autres, n’est-ce pas ? Pour résumer, j’ai fait un choix.

L’instinct maternel, c’est pareil. Il se trouve dans chaque espèce d’animal car la survie est primordiale. Cela appel aux besoins donc aux cerveaux reptilien et mammalien. Seulement les humains sont pourvus du fameux cortex, troisième partie du cerveau qui lui, est capable de réflexion. Ainsi, comme l’argumente le très sérieux magazine Psychologies, d’un point de vue clinique « l’instinct maternel n’existe pas au sens d’instinct inné inscrit dans les gènes et que toute femme aurait au moment d’accoucher ». L’être humain est capable de « court-circuiter » cet instinct primaire pour tout simplement être capable de nous adapter. La psychologue Maryse Vaillant nous éclaire sur le fait que chaque être humain est unique et que le cerveau se construit en fonction de son vécu et de son interaction avec l’environnement.

hippocampeRamener la femme à l’instinct maternel, c’est réduire la femme à un animal, une génitrice dépendante de ses hormones. Heureusement, nous ne sommes pas que cela. Vous n’êtes pas que cela et vous avez le choix. Libre à vous de choisir votre vie sans aucun sentiment de culpabilité.

Je me dis parfois que la vie serait plus facile si nous étions des hippocampes où la grossesse est une histoire de mâle. 😉


jojo5
Johana Caruso, Féministe dans l’âme, un caractère bien trempé, un sens de l’humour corrosif, une langue pas dans sa poche mais le cœur sur la main. Militante au mouvement du nid, traquera toute sa vie le crabe, amoureuse des chiens (surtout du sien), ne déposera jamais les armes.

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