C’est loin d’être banal, par S.

Il y a de ces histoires si banalisées qu’elles en deviennent anodines, presqu’insignifiantes. Des petites histoires de viol ordinaire qu’on oublie soi-même (ou qu’on préfère oublier). Des consentements outrepassés sur lesquels on passe l’éponge, de peur qu’on nous accuse d’avoir du sable dans le vagin.

Des fois, on se flagelle de ne pas être assez forte.
Des fois, on pense que dire «oui», ça efface le fait qu’on ne veut pas vraiment.
Des fois, dire «oui», ça simplifie les choses.

rapebydarkenedlambIl y a ces «oui» qu’on donne parce qu’on n’en peut plus de dire «non».

Parce que le gars devant nous nous fait sentir comme si on le torturait à refuser ses avances, comme si c’était trop tard pour reculer.

Il y a ces «oui» qu’on donne à cause de la peur. Parce que si on ose dire «non» et qu’il continue, on se sentira d’autant plus mal.

Il y a ces «non» implicites qui sont ignorés. Ces «tu me fais mal» et ces «t’as-tu un condom?», perdus dans le néant. Ces fois où on ferme sa gueule parce qu’on ne veut pas en faire un drame, mais qu’on se sent attaquée, souillée.

Il y a toutes ces fois où j’ai regretté de n’avoir rien dit.

enfantmaltraitabussexuels_thumbCes fois où je me suis sentie prise au piège, sale, opprimée. J’ai pensé si longtemps que j’étais coupable de mon silence, mais les vrais fautifs, c’était eux. Eux qui, toutes ces fois, n’ont pas demandé la permission, n’ont pas été attentifs, ont manqué de compassion. Face à ce mur de silence, au lieu de remettre en question leurs actions, ils se sont sentis encouragés. Trouvez l’erreur.

Il y a toutes ces fois où j’ai été forte parce que j’avais les ressources pour être forte, pour dire «non». Parce que je n’étais pas seule, parce que j’étais à jeun, parce que j’avais appris à repérer une agression. Malheureusement, des fois on n’a pas les outils qui nous permettraient de se respecter soi-même et de recevoir le respect des autres.

N’empêche qu’un abus sexuel, ce n’est jamais de notre faute. Et ce n’est jamais banal.


sandrine
S. Femme, étudiante, militante et pleins d’autres belles choses, S. s’intéresse aux questions féministes et au consentement depuis plusieurs années. Son souhait est que nous puissions vivre dans une société où les choix, les désirs et les opinions des femmes soient non seulement respectés, mais aussi célébrés et que la culture du consentement devienne la norme.

 

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